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Mauritius Society for Animal Welfare: pas si méchants

Depuis plus d’un an, plusieurs vidéos montrant des employés de la MSAW infligeant un traitement barbare aux animaux font le tour du web. La dernière en date a même été citée dans des publications internationales. Comme nous avons appris à ne pas juger sans avoir constaté de visu, nous nous sommes rendus incognito à Rose-Hill, au siège de ce département du ministère de l’Agro-Industrie...

Il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors. Justement, il n’y a pas âme qui vive dans la cour de la MSAW. Quelques flaques d’eau plus loin, nous tombons sur le jardinier. Tout de bleu vêtu, il toise son monde et montre les crocs. «Ki ou pé rodé la ?» En apprenant que nous cherchons un animal de compagnie, il se détend et indique une porte bleue au fond du jardin. C’est la clinique pour animaux. Oui, mais pour adopter? «Laba mêm sa», dit-il avant de reprendre ses occupations.

Dans la cour, le silence est frappant. Pas d’aboiements, pas de hurlements de chien ou de chat torturés ? Où peuvent-ils bien les cacher? Couverts par le bruissement des feuilles de manguiers, des couinements ponctuels se font entendre. Curieux. Un vétérinaire apparaît devant la clinique. Gai comme un pinson, le Monsieur. Sa blouse blanche est ouverte, il a l’air décontracté et demande poliment comment il peut nous être utile. De plus en plus suspect.

Après tout, si l’on en croit la presse britannique, il est censé faire partie des tortionnaires d’animaux. Mais chut ! Ne lui mettons pas la puce à l’oreille. Nous nous enquerrons des procédures d’adoption. «Ah mais il faut commencer par voir les chiens !» dit-il, toujours aussi souriant. Il ne nous aura pas fallu beaucoup d’efforts avant d’accéder à l’antre des «bourreaux».

Le vétérinaire ouvre une grille, puis une seconde et nous nous retrouvons dans un couloir. Un mur nous sépare d’un enclos vide. Enfin, pas tout à fait : des gamelles posées sur le sol en béton sont bien des signes de vie. Une faible odeur de désinfectant flotte dans l’air. Et toujours ce silence. Les chiens seraient-ils tous décédés sous la barbarie de leurs «tortionnaires»?

Visiblement pas. Un chiot apparaît. Marron. Le poil lisse. Les oreilles pendantes, les yeux brillants et le museau frétillant. Il faudrait être sans cœur pour le maltraiter. Justement, il n’a pas le moins du monde l’air malheureux. Il s’approche lentement, puis sans crier gare, retourne vite se cacher dans la niche. Un deuxième chiot montre le bout de son museau. Plus intrépide, il s’approche tout en nous fixant de ses yeux verts. S’assoit devant la grille. Le premier ressort, suivi de trois autres chiots. Calmes, propres et surtout bien dodus. Ni puces ni tiques dans leur pelage. Voilà que deux d’entre eux se mettent à se faire des papouilles… Ce qui explique les couinements entendus plus tôt. C’est ça, des chiens maltraités ?

Protocole bien établi

Les «victimes» doivent être ailleurs… «Y’aurait pas de chiens un peu plus âgés ?» Le sourire toujours aux lèvres, notre interlocuteur nous indique un enclos séparé où gambadent trois chiens. Ils accourent vers le vétérinaire dès qu’ils l’aperçoivent. Tout en les caressant, il explique que pour adopter, il faut se munir d’une pièce d’identité. «Puis, dans 15 jours, faut le ramener pour le faire vacciner et dans six mois, pour la castration», poursuit-il. Ce service, tient-il à préciser, est aussi gratuit pour tous les propriétaires de chiens…

De toute évidence, ce n’est pas à Rose-Hill que les bêtes sont traitées comme des chiens. Mais dans ce cas, d’où viennent les vidéos qui ont circulé? Retour vers la capitale. Sollicitée, la responsable de communication de MSAW explique que l’euthanasie est pratiquée à Port-Louis. «Lorsque les chiens errants sont ramassés, nous les gardons trois jours. Mais comme des animaux sont capturés tous les jours, nous sommes obligés de les euthanasier car nous n’avons malheureusement pas les moyens de subvenir aux besoins de toutes ces bêtes», précise Christina Kalloo. Mais pas de manière si barbare, tout de même ? Elle précise que la MSAW a un protocole bien établi.

«Le vétérinaire doit anesthésier l’animal avant l’injection létale. S’il y a des employés qui ne respectent pas les règles, des sanctions sont prises après enquête», poursuit-elle. D’ailleurs, la MSAW a prévu d’installer des caméras de surveillance pour éviter tout dérapage. Quant à la vidéo incriminée, entendez par là celle qui circule en ligne, elle a été confiée à la Major Crime Investigation Team, qui mène l’enquête pour déterminer ses origines et situer les responsabilités.